Quand un vieux hérisson bleu tout pourri se montre incapable de sortir de son univers 2D pixelisé, il faut un bon coup de pied au derche de la part de la concurrence pour que Sega se bouge le fondement. Et surtout nous pondre une version D potable sur sa super console du moment. Que vaut cet ajout d’une dimension dans la vie de la mascotte bleue piquante ? Jetons un œil à Sonic Adventure avec le regard torve du sanglier !
Sega c’est moins fort que toi
Années 90. Le rap est un tout nouveau genre musical. Metallica devient main stream. Dragon Ball se termine. Les Inconnus existent encore. Les gens portent trop de couleurs fluo sur eux. Le gel commence à pourrir les cheveux à la chaîne. Et surtout les jeux vidéos passent à la 3D dans la douleur. Seulement, une mascotte est à la traîne. Un hérisson bleu qui a leu feu au cul, incapable de sortir vraiment de ses décors en 2D. Pourtant son papa Sega a la machine qu’il faut pour choper la bestiole et la fourrer dans une chiée de polygones moches. La Sega Saturn, sorti en novembre 1994 chez les nippons, n’a pas le droit à un vrai épisode de Sonic. Seul le très moyen jeu de course Sonic R tente sans succès de faire oublier l’absence d’un vrai foutu jeu de plateforme en 3D avec le truc bleu trop pressé. Sa console pique vite du nez face à la Nintendo 64, et surtout à la PlayStation de Sony.
Mais, en ces temps de frénésie vidéoludique comme seuls les trentenaires et plus ont connu, Sega tente le tout pour le tout pour la mettre bien profond à ses ennemis commerciaux du pays du hentai. La firme plus forte que toi démoule une console 128 bits par surprise en octobre 1998 (octobre 1999 chez nous) : la merveilleuse Dreamcast. Et qu’est-ce qui est éjecté de l’utérus de Sega quasiment en même temps que sa console tourbillonnante ? Sonic Adventure, un jeu de plateforme avec la mascotte totalement en 3D ! Enfin bordel !

Comment en foutre plein les yeux en 1999
Pour avoir vécu l’arrivée de la Dreamcast à la fin des années 90, ton vieux sanglier préféré peut témoigner. La 3D de cette saloperie de console japonaise était incroyablement belle ! Surtout quand tu es habitué aux trois polygones de la PlayStation ou au brouillard givrant de la Nintendo 64. Surtout, ce qui équivaut à une grosse mandale dans la face, c’est la vidéo d’introduction de Sonic Adventure. Un putain de clip avec une grande ville attaquée par des monstres géants et des vaisseaux spatiaux de la mort. Et puis Dr Robotnik qui se la met sévère avec un Sonic aux formes élancées, loin du hérisson bedonnant de l’ère MegaDrive. Toute cette débauche d’images de synthèse haute qualité (pour l’époque) s’accompagne d’un coulis de pseudo-métal bien rapide bien merdique comme on en raffolait dans les années 90/2000. Bref, tu n’as même pas encore commencé à jouer que tu pleures de bonheur avec la culotte toute mouillée devant ton écran cathodique immonde.
Une fois dans le jeu c’est pas mal non plus pour l’époque. Les polygones sont lisses, tu vois loin à l’horizon, les ralentissements sont rares malgré la vitesse et les temps de chargement sont courts voire inexistants. Que du bonheur je te dis ! Et même maintenant cette débauche de technologie dépassée n’est pas trop déplaisante et passe pour du low poly hyper qualitatif. Sonic Adventure est donc beau, rapide, coloré et en plus il sent bon. Mais manette en main c’est pas la même histoire.

Passer après Super Mario 64
Il faut se rappeler aussi qu’à l’époque nous étions en pleine guéguerre débile entre consoles et mascottes pourraves des deux géants Nintendo et Sega. Et Nintendo a pris une foutue longueur d’avance en pondant Super Mario 64 en 1996 (1997 chez nous). Un jeu à la maniabilité exemplaire et au système de caméra très potable pour l’époque, avec cette saloperie de tortue sur un nuage qui te colle au cul comme une crotte mal expulsée. Il aura fallu attendre trois ans pour que Sega réplique avec Sonic Adventure ! Et côté maniabilité on est loin du compte avec l’éponge Spontex bleue aux baskets rouges.
La particularité des jeux Sonic c’est d’aller vite. C’est pas compliqué sur le papier mais en termes de jouabilité c’est pas aussi simple qu’un livre sphéricité de la Terre pour platiste. Malgré sa vitesse le hérisson qui a le feu au cul doit rester maniable. C’est déjà difficile à faire en deux dimensions alors quand t’en rajoute une c’est du niveau d’un combat d’épée avec les mains liées dans le dos. Mais Sega tente quand même le bazar dans Sonic Adventure… et se vautre en beauté. Ton Sonic si élancé l’est un peu trop. Les passages accélérés sans plateformes sont chiants, car la moindre secousse du joystick te fait rentrer dans le décor et t’arrêter nette comme la carrière d’un homme politique intègre. Les passages de plateforme c’est encore pire ! Les sauts sont imprécis et les dashs en boule en l’air te projettent la moitié du temps dans le vide. Le joystick de la Dreamcast, pourtant bien meilleur que la tige raide comme la loi de la manette trident de la N64, ajoute encore plus de frustration en étant pas assez graduel dans sa course.

Si tu arrives encore à t’en sortir avec cette maniabilité à chier, il te reste encore à te battre avec la caméra. Cette dernière te suit pourtant. Mais tu as l’impression que le mec qui la tient est soit bourré, soit n’en a rien à foutre, soit les deux. Très souvent elle se retrouve plaquée contre un mur ou à te filmer du dessus. Très pratique pour voir où tu vas à pleine vitesse… Sonic Adventure est donc parfois à la limite de l’injouable et certains niveaux doivent être refaits jusqu’à la nausée pour espérer les terminer. Au passage ce constat est vrai pour l’époque comme pour aujourd’hui. Franchement, sans la nostalgie de vieux trentenaire/quarantenaire de mes deux, c’est assez pénible de se replonger dedans.

Six personnages mais pas six fois plus de plaisir
Si tu en as marre de perdre des vies avec Sonic en sautant dans le vide sans le vouloir, Sega a pensé à toi. En effet, cette espèce de frimeur bas du front aux pines bleues n’est pas le seul personnage jouable. Cinq autres protagonistes de l’univers de Sonic sont à ta disposition avec chacun un gameplay spécifique. Il y a les vieux de vieilles comme Tails et Knuckles. Genre vieux chroniqueur de plateau télé qui sont là alors qu’ils servent à rien. Et des petits nouveaux dont on a strictement rien à branler avec Amy Rose (la meuf de Sonic conne comme un pet de papillon), Big (un chat dégueulasse avec le QI d’une bitte d’amarrage) et E-102 Gamma (un robot qui lèche allégrement la vielle rondelle moustachue de Robotnik). Il y a aussi Sonic version blond platine super saiyan couleur pisse fluo quand tu réunis les sept émeraudes du chaos.
Chacun de ces « héros » a un style de jeu à lui qui te permet de revisiter les niveaux. Avec Tails tu fais la course contre Sonic et tu dois arriver au bout du niveau avant lui. Mouais. Pas très intéressant. Avec Knuckles tu dois trouver des bouts d’émeraude. Toujours pas génial. Avec Amy tu te fais courser par un robot monomaniaque et activer des interrupteurs. Hein ? C’est nul ! Avec Big tu dois pêcher un crapaud avec une queue. Putain achevez moi ! Avec E-102 tu shootes des bestioles en métal avec ton laser de la mort. C’est un peu mieux mais ça reste de a daube. Tout cela pue le rallongement artificiel de la durée de vie. Avec la maniabilité et la caméra aux fraises c’est surtout un prolongement malvenu de la séance de torture.

Chao et VMU
L’une des grandes originalités de Sonic Adventure reste quand même son système d’élevage de Chao avec la VMU de la Dreamcast. Je parle pas français ? Oui je sais. Je vais traduire tout ça. La VMU c’est la grosse cartouche de sauvegarde que tu fourres dans le fondement de la grosse manette Dreamcast (prémices de l’immonde manette Xbox de Texan ?). Grace à son écran et à sa pile tu peux emporter le petit appareil partout et profiter de mini-jeux en lien avec ceux de la console de salon. Aujourd’hui ça paraît complètement merdique. Mais à la fin des années 90 c’était le futur. Voilà pour la VMU.
Les Chaos maintenant. Tout au long de ton imprécise progression dans les hubs de Sonic Adventure tu vas trouver des œufs qui traînent par terre. Soit tu passes à côté sans en avoir rien à foutre. Soit tu te fais une omelette. Soit tu ramène le neuneuf dans une espèce de jardin pour faire éclore le bazar et élever un Chao (qui ressemble à une couille montée sur une autre couille avec une paire de jambes). T’inquiète pas. Elever un Chaos c’est pas aussi chiant qu’élever un gosse. Il suffit de les nourrir pour qu’ils grandissent, faire des courses et des combats de karaté chiants avec eux, et de les voir crever. Oui, ça clamse un Chao.
Et alors le combo VMU et Chao c’est quoi ? En fait ta micro console/carte mémoire de Dreamcast te permet t’emporter ta bouliche sur pattes partout avec toi et de t’en occuper comme un putain de Tamagotchi. Génial hein ? Non ? Ben fin 90 c’était fantastique au moins pendant quelques mois.

Le verdict du sanglier

« Tu étais l’Élu, c’était toi ! » comme dirait un barbu célèbre face à son élève en pleine crise d’adolescence. Sonic Adventure avait tout pour se hisser au top du top. Des beaux graphismes, de la vitesse, de la grosse musique pseudo-métal de méchant garçon, une chiée de persos jouables de la licence et même un Tamagotchi du pauvre à foutre dans la poche. Mais le jeu s’effondre sous la pression et nous chie dans les mains avec sa maniabilité toute pétée, les sauts imprécis et sa caméra ingérable. À l’époque ces défauts s’effaçaient un peu grâce à la technique au poil. Aujourd’hui c’est un jeu qui te procure autant de plaisir manette en main qu’une déclaration d’impôt. Reste la nostalgie quand tu es une vieille bête comme moi qui l’a connu à sa sortie. Pour les plus jeunes c’est juste de la merde en boîte.

Comment qu’il y a joué le sanglier ?
| Version | Standard |
| Temps de jeu | 17 heures |
| Plateforme de test | Dreamcast |
| Multijoueur | Non |
