Deux gros flingues, un short rikiki, une longue natte qui tombe dans le dos, un t-shirt moulant, une poitrine opulente. Non je ne parle pas de ton oncle geek en cosplay de mauvais goût. Je parle bien sûr de l’aventurière la plus connue du jeu vidéo : Lara Croft. En avant pour ses premières aventures avec le test de Tomb Raider !
Ils voulaient un garçon
Tout commence en 1994 au cœur du studio Core Design pendant une séance de branlette intellectuelle (ou brainstorming dans la langue d’Ozzy Osbourne). Toby Gard, un développeur du studio, y propose une idée qui lui trotte dans le ciboulot depuis quelques temps : faire un jeu d’aventure en 3D centré autour d’un personnage à la Indiana Jones. Le bousin est validé en interne et c’est parti pour le développement de ce qui sera le premier Tomb Raider. Durant les 18 mois de construction du jeu, Core Design change plusieurs fois de propriétaire avant de se retrouver dans l’escarcelle d’Eidos Interactive.
Au départ, le protagoniste du jeu devait être un mec bien dans l’esprit paternaliste des aventuriers poilus qui explorent des temples anciens à l’aide de gros flingues. Mais Eidos veut éviter tout problème juridique avec la licence Indiana Jones. Il demande donc à Core Design de laisser le choix au joueur entre un gars et une fille. Toby Gard se retrouvant très vite confronté à l’ampleur de la tâche liée à cette demande décide de trancher dans le gras. Il remplace donc le bonhomme initial par une donzelle bien charpentée histoire de marquer les ados libidineux, la cible commerciale de prédilection des jeux vidéo à la fin des années 90. Le jeu sort finalement 1996 en exclusivité temporaire sur la Sega Saturn avant de se ruer sur le PC et la PlayStation comme la misère sur le tiers monde.

Nanar Raider
Inutile d’être faux cul sur la qualité du scénario de Tomb Raider premier du nom. Il a la profondeur d’un pédiluve et l’intérêt d’un programme politique. En gros tu es engagé par une grosse riche de merde (Jaqueline Natla) pour piller récupérer des artefacts anciens. S’en suit tout un tas de péripéties sans originalité avec des Atlantes et autres mythes. Tout ça n’est qu’un putain de prétexte pour te balader un peu partout dans le monde pour profaner des tombes et défoncer la faune locale.
L’intérêt du jeu ne réside pas dans cette histoire bancale pondu par un stagiaire fan de films de série B avec un budget éco plus, petit marcassin. Le but ici c’est de partir à l’aventure en trois dimensions, et au milieu des années nonante c’était un vrai bouleversement.

OSEF des gros seins et du mini short quand tu as 10 ans
Tomb Raider c’est le jeu d’aventure par excellence bordel ! Tu te sens vraiment l’âme d’une foutre-dieu d’exploratrice badass, parcourant les temples abandonnés avec ton mini short, tes nibards proéminents en triangle, tes rangers et tes deux gros guns bien chargés. Dit comme ça, tu te rends bien compte que la cible marketing de Eidos dans les années 90 c’est les ados en mal d’héroïnes de jeu vidéo hypersexualisées. Et en même temps, pour les jeunes gosses (dont je faisais partie à l’époque), c’était juste incroyable de pouvoir vivre de tels aventures en 3D. Du coup, Eidos aurait pu mettre un gros mec poilu que ça n’aurait rien changé au plaisir de jeu.
Par contre, la jouabilité est aussi rigide que le règlement intérieur d’une école catholique. A l’époque, Tomb Raider se jouait à la croix directionnelle. Cela ne choquait pas trop que chaque saut soit une épreuve de torture irakienne car les autres jeux du genre action/aventure ne faisaient pas beaucoup mieux (j’exclus bien sûr les jeux de plate-forme). Et en même temps, cela ajoute un peu de piquant et de réalisme à l’exploration. C’est sûrement un effet « bon vieux temps » à la con parce que ressayer 20 fois un putain de saut ça n’a rien de plaisant en vrai. Par contre, pour actionner les leviers, c’est un pur supplice chinois car il faut être parfaitement en face. C’est déjà chiant sur terre alors sous l’eau…

Larme fatale
Niveau combats à l’arme, là c’est relativement maniable. Gloire soit rendue à la visée automatique la sainte mère qui permet de ne pas trop rager durant les combats. D’autant plus que notre aventurière favorite tire littéralement sur tout ce qui respire comme un cassos américain fan de la NRA. Si comme Lara Croft tous les explorateurs/archéologues défoncent à coup de flingues chaque mammifère sauvage (loup, ours chauve-souris, lion, singe) qu’ils rencontrent, alors je comprends mieux pourquoi nous faisons face actuellement à la sixième extinction de masse. D’ailleurs, comme Lara est amenée à combattre des dinosaures (oui tu as bien lu), elle est très certainement à l’origine de leur disparition.
Les niveaux sont très bien construits avec un enchaînement de couloirs, de salles et d’espaces plus ouverts. Certaines énigmes ont un côté très Zelda avec des blocs de pierre à déplacer et des interrupteurs à l’autre bout du niveau qui ouvrent une obscure porte cachée.

Dur comme ma b…
Je ne vais pas être un sanglier hypocrite : la fonction de sauvegarde rapide et de charge de l’Evercade m’a autant servi qu’un spray anti agression dans une ruelle sombre. J’ose même pas imaginer comment les gens en chiaient dès qu’ils rataient un pauvre saut et devaient se taper plusieurs minutes d’escalade pour retenter leur chance. Bref, tu l’as compris, Tomb Raider est un jeu vidéos aussi foutrement sadique qu’un lobbyiste des énergies fossiles. A chaque levier actionner ou porte ouverte tu peux t’attendre à un débarquement d’animaux qui veulent ta peau.
Gerbe de pixels sur son lit de clipping
Côté graphismes, à l’époque, c’était plutôt joli vu que la 3D était encore au stade de se chier dessus. Les décors sont variés avec quelques détails comme des hiéroglyphes dans les niveaux égyptiens ou de la végétation. L’eau à même le droit à des reflets sous la forme de pixels blancs scintillant. Whaoo! Amazing! Jesus fucking Christ! Comme disent les électeurs bas du front de Trump.
De nos jours, jouer à Tomb Raider sous sa forme originelle est une petite torture pour les yeux. En gros cela ressemble à trois polygones qui se battent en duel texturés avec de la gerbe de bébé. Le tout enrobé d’un clipping mettant à rude épreuve la santé des épileptiques. Comme j’ai été biberonné à ce type de graphismes toute mon enfance j’arrive à passer outre. Par contre, pour les plus jeunes, je pense que ça ne doit pas leur plaire même si ça a toujours plus de personnalité et de cachet que Fortnite.

Et je coupe le son
Mais où est passé le son de Tomb Raider ? Franchement il y n’a pas grand chose à se mettre sous la dent de ce côté là. L’exploration des niveaux est rythmée uniquement par les bruits de pas, de flingues et d’effort de Lara. Les créatures diverses et variées rencontrées font également un peu de bruit. En dehors de ça c’est aussi silencieux qu’une église un jour de match de foot.
Il y a quand même un peu de musique. Il faut avouer que comme d’habitude j’exagère un peu comme un marseillais. Il y a déjà le thème du menu du début qui est maintenant mythique. Tu as aussi le droit à un tout petit peu de zic quand tu découvres une pièce secrète ou que tu arrives dans une grande salle. Et pis c’est tout !
Le verdict du sanglier

Tomb Raider sera toujours un jeu mythique qui fait figure de standard pour tous les jeux d’action à la troisième personne qui ont suivi. Par contre, comme tous jeux avec des graphismes qui se veulent réalistes (pour l’époque), le rendu a aussi mal vieilli qu’une célébrité botoxée. C’est aussi le cas de la jouabilité atrocement rigide pensée pour la croix directionnelle. Je dois être un peu maso de m’être acharné sur une version très proche de celle d’origine quand des versions remaîtrisées existent sur les consoles modernes. Mais ce que je voulait avant tout, c’est retrouver les souvenirs du gamin de 10 ans des années nonante qui découvre l’un des premiers jeux d’action en 3D. Et tant pis pour les heures de tortures devant l’écran !
Comment qu’il y a joué le sanglier ?
Version | Originale |
Temps de jeu | 14 h (oui, je sais je suis terriblement mauvais) |
Plateforme de test | Evercade |